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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 10:00

 

Mettons nous d’accord sur les mots

  • Pour les personnes qui ont été scolarisées en France et qui n’ont pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture, du calcul des compétences de base pour être autonomes dans les situations simples de la vie courante, on parle d’illettrisme.
    Il s’agit pour elles de réapprendre, de renouer avec la culture de l’écrit, et avec les formations de base dans le cadre de la politique de lutte contre l’illettrisme.
  • Pour les personnes qui n’ont jamais été scolarisées, on parle d’analphabétisme. Il s’agit pour elles d’entrer dans un premier apprentissage.
  • Et enfin, pour les nouveaux arrivants dans un pays dont ils ne parlent pas la langue, il s’agit de son apprentissage. En France, on parle du  "Français langue étrangère".

Ces mots définissent donc des situations bien différentes.

L’illettrisme, un mot que l’on voudrait ne plus avoir à employer mais…

860 millions d’hommes et de femmes sont, dans le monde, confrontés à l’incapacité de lire et d’écrire, privés des plus simples compétences de base.

Les pays industrialisés, où la scolarité est obligatoire, ne sont pas épargnés.

Pour qualifier cette situation, qui touche tous les âges de la vie, et la distinguer de celle de personnes qui ne sont jamais allés à l’école, la France a choisi le terme d’illettrisme. Un mot dur, qui suscite la réaction, l’indignation, mais qui est encore aujourd’hui nécessaire pour que ceux qui y sont confrontés ne soient pas oubliés, car ils ont pour caractéristique de chercher à cacher une situation trop souvent synonyme d’échec. Pourtant faire face aux situations de la vie quotidienne sans avoir recours à l’écrit exige beaucoup de courage et de volonté, et la mise en place d’habiles stratégies de contournement.

Quels chiffres pour les jeunes de moins de 18 ans ?

Les données recueillies à l'issue de la JAPD

Nous disposons des chiffres fournis par le Ministère de la Défense et le Ministère de l'Education Nationale à l'issue des tests auxquels sont soumis les jeunes garçons et filles âgés de 17 à 19 ans. Ces tests n'ont pas pour objet de mesurer uniquement l'illettrisme mais ont une vocation beaucoup plus large, de mesure des compétences des jeunes face à la lecture. Rappelons que l'illettrisme qualifie la situation des jeunes qui éprouvent de très graves difficultés face à l'écrit, au point de ne pas lire, écrire un message très simple et qu'il ne couvre pas la situation de tous ceux qui, à des degrés divers, ont certaines difficultés avec l'écrit et qu'il ne recouvre pas la situation de tous ceux, qui, à des degrés divers, ont certaines difficultés à l'écrit. Si, d'après les chiffres JAPD, plus de 10% des jeunes à l'issue de la scolarité obligatoire éprouvent des difficultés face à l'écrit, le pourcentage de ceux qui ne maîtrisent pas la base de la base et éprouvent des difficultés si graves qu'elles peuvent entrer dans la définition de l'illettrisme s'élève à moins de 5% de la classe d'âge ce qui représente environ 35000 jeunes concernés.

Peut-on dire que tous les parents qui semblent ne pas s’intéresser à la scolarité de leurs enfants sont des parents démissionnaires ?

Non, nous sommes convaincus que toutes les familles, sauf cas extrêmes, souhaitent que leurs enfants réussissent. Certaines études le démontrent mais plus encore, c’est ce que nous disent ceux qui sur le terrain, au cœur des actions, connaissent bien ces familles.

Est-ce que pour certains parents c’est plus difficile ?

Tout le monde n’a pas pris la pleine conscience des difficultés particulières que rencontrent certains parents notamment ceux qui sont en situation d’illettrisme. Pour eux, l’école, l’apprentissage, ce n’est pas toujours un bon souvenir, c’est parfois même un souvenir douloureux, et dans ce cas y retourner avec son enfant n’est pas facile. D’autre part ils n’ont pas envie de voir se révéler un problème qu’ils cherchent la plupart du temps à contourner, à cacher à leur entourage. Pour éviter d’avoir honte, de faire honte à leurs enfants ils préfèrent le plus souvent éviter le contact avec l’école. N’oublions pas non plus que lire les messages que l’école envoie, ce n’est pas évident pour eux.

Pour ces personnes en effet la lecture d’un message simple de la vie quotidienne est une source de difficultés. De la même façon qu’il n’est pas simple de lire un mode d’emploi, une consigne de sécurité, de retirer seul de l’argent à un distributeur automatique, il est tout aussi compliqué pour un papa ou une maman de lire le message, le document que l’enfant ramène de l’école.

Mais les parents ne peuvent-ils pas demander de l’aide à leur entourage, un enfant plus grand, un voisin, un travailleur social ?

Ce n’est pas si simple que cela.

Ce qui est vrai, possible, naturel pour une personne qui ne maîtrise pas le Français parce que ce n’est pas sa langue maternelle mais une langue étrangère qu’il peut apprendre, ne l’est pas pour une personne illettrée. Les illettrés ont été scolarisés en France et ils ne maîtrisent pas les simples compétences de base que dans notre société on a trop tendance à considérer comme acquises une fois pour toutes par tous ceux qui sont allés à l’école. Or il n’en est rien. Et pour ceux qui sont concernés ce n’est pas facile à dire même à ses proches. Il ne faut pas oublier non plus que la moitié des personnes concernées vivent plutôt dans les zones rurales ou faiblement peuplées où il n’est pas toujours évident de pouvoir trouver un appui, une structure, avec l’assurance de la confidentialité.

POUR L’ACCÈS DE TOUS À LA LECTURE,

L’école, comme beaucoup d’autres organisations, communique essentiellement par l’écrit. Certaines familles ne risquent-elles pas, qu’elles le veuillent ou non d’être exclues ou de s’exclure ?

Oui, l’écrit est présent partout à l’école, et il vaut évidemment mieux savoir lire et écrire pour y être à l’aise. Les supports de communication qui sont utilisés pour faciliter le rapprochement entre les familles et l’école mais aussi par tous les autres espaces éducatifs, culturels, sociaux sont généralement des outils écrits. Mais il faut aussi comprendre les codes qui sont propres à l’école.

En période de rentrée scolaire, le cartable de l’enfant est tous les jours rempli de différents messages écrits destinés aux parents. Ces documents apportent des informations sur l’école bien sûr, sur la classe, mais aussi sur les associations de parents d’élèves, sur les activités culturelles, sportives, de loisirs que proposent notamment les centres sociaux du quartier ou du village.

Il faut être conscient que pour un nombre non négligeable de parents et notamment pour ceux qui sont en situation d’illettrisme, ces documents sont inaccessibles, et qu’ils ne peuvent prendre connaissance seuls des informations qui s’y trouvent. Les familles se sentent alors encore plus éloignées d’un monde qui ne s’adresse à elles qu’en utilisant des codes qu’elles ne maîtrisent plus.

Il est vrai que dans ces situations, le sentiment d’exclusion peut apparaître ou se renforcer.

Sont-ils si nombreux ces adultes en situation d’illettrisme ?

Oui ils sont nombreux : 3 100 000 adultes de 18 à 65 ans sont confrontés à l’illettrisme soit 9% de la population qui a été scolarisée en France.

Plus de la moitié d’entre eux travaillent et déploient des trésors d’ingéniosité pour contourner, faire face, faire comme si.

Parmi eux bien évidemment des parents, qui sans doute se retrouvent mal à l’aise quand leur enfant découvre le monde de l’école où eux-mêmes n’ont pas forcément réussi.

Si c’est difficile et on le comprend bien pour ces familles éloignées de l’écrit, comment peut-on faire pour que leurs enfants aient les mêmes chances de réussite que les autres ?

Il est possible d’aider, d’accompagner ces familles, de leur redonner confiance sans les stigmatiser, sans accentuer chez elles un sentiment d’incompétence, de culpabilité, d’infériorité.

Tous les enfants qui vont avoir à entrer dans la culture écrite ne sont pas égaux sur la ligne de départ. Nous connaissons tous l’importance que peuvent avoir les différentes ressources auxquelles l’enfant peut accéder. Elles ne sont pas les mêmes selon le milieu familial, le contexte dans lequel il se trouve.

Certains des films proposés dans ce DVD montrent que des activités simples sont possibles pour tous. On peut sans être lettré s’intéresser à ce que fait l’enfant, jouer, parler, échanger avec lui, en famille… Il s’agit de montrer à tous les parents que quelques soient leurs propres difficultés ils ne doivent pas avoir peur de s’intéresser à ce que leur enfant fait à l’école.

Comment les aider ?

La principale question que se posent ceux qui veulent agir auprès de ces familles, de ces adultes éloignés de l’écrit qui ont des enfants et ne doivent pas être eux même stigmatisés ou infantilisés, est de savoir comment aider efficacement et délicatement.

La première chose c’est de les considérer, de reconnaître et de valoriser à leurs propres yeux les compétences qu’ils ont su construire sans recourir à l’écrit et dont ils n’ont pas forcément conscience eux-mêmes. La seconde c’est de leur redonner confiance en eux, ce qui est beaucoup plus productif que les injonctions ou les bons conseils qui risquent de les faire douter plutôt que de les conforter dans leur dignité de parents. L’important, c’est l’attention qu’ils accordent à leur enfant. Ne dit-on pas que la première littérature, c’est la littérature du berceau, que le premier livre ouvert c’est le visage de la maman au-dessus du berceau ?

La confiance est capitale pour oser suivre sans crainte la scolarité de leurs enfants et pour reprendre en adultes le chemin du réapprentissage de ce qu’ils ont oublié, mal acquis, mais qu’on peut réapprendre.

Pour que le fossé ne se creuse pas entre parents et enfants, il est essentiel que les rôles ne soient pas renversés et que l’enfant reste l’enfant, que le parent ne dépende pas de lui pour certaines tâches, certaines informations.

L’entrée de l’enfant dans l’écrit est le meilleur moment pour susciter chez les parents le déclic qui va leur donner le courage – car il en faut – de revenir vers ces apprentissages, de renouer avec l’écrit pour être plus à l’aise avec l’école, mais aussi au travail, dans la vie.

Comment peut-on faire concrètement ?

Quelques idées :

Lorsqu’il n’y a pas de livres à la maison, il est possible de les y faire venir. C’est l’intervention à domicile, et ensuite proposition d’aller à la rencontre de ces livres ailleurs, dans des bibliothèques par exemple.

Dans certains lieux d’accueil collectif tous les enfants peuvent profiter des mêmes activités, et jouer avec son enfant favorise les interactions, l’enrichissement du vocabulaire.

La rencontre avec l’écrit peut se faire dans de multiples situations familiales, au détour d’une recette de cuisine, dans un magasin quand on fait ses courses, quand on relève le courrier de la boîte aux lettres, quand on est sur l’ordinateur, qu’on regarde ensemble la télévision, etc.

Quels conseils simples pour les parents en difficultés avec l’écrit ?

Tous les parents, quel que soit le rapport qu’ils ont avec l’écrit, quelles que soient leurs compétences, peuvent motiver les enfants pour aller vers les textes écrits. Ils peuvent tous être des accompagnateurs, c’est-à-dire être «à coté de» leurs enfants, dans un double rapport d’exigence et de respect.

 

Quelques pistes :

  • montrer quotidiennement son intérêt pour ce que l’enfant fait et apprend à l’école
  • suivre sa progression et l’encourager à aller vers les livres et vers tous les types d’écrit
  • valoriser ses connaissances
  • lire avec lui textes et images si on peut le faire
  • s’intéresser à ses lectures et en parler avec lui
  • encourager l’enfant à écrire dans toutes les situations de la vie courante : liste de courses, carte postale, légende d’un dessin….

 

 

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Published by david-documents.over-blog.com - dans Politiques publiques
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